Ceci est un texte original de ma composition, je vous prierais donc de ne pas vous l'approprier et de ne pas le copier. Merci de respecter mon travail !
Chapitre 1 :
C'était une nuit noire, aucune lune dans le ciel. La route sur laquelle je marchai n'était pas éclairée, j'avançai donc à tâtons, sans but.
Cette dispute avait été très violente. Cela n'était pas arrivé depuis bien longtemps. Et... je me disais que cette fois-ci, je ne reviendrai pas. Cependant, je n'arrêtai pas d'y penser. Ce souvenir pas si lointain hantait toute mon âme, tout mon corps et tout mon coeur. Pourquoi la vie entre nous devait-elle être aussi compliquée??? Nous nous aimons pourtant! Nous le savons toutes les deux.
Pourquoi dès qu'un petit problème se présente, se fait-elle violence??
Nous aurions dû continuer ces séances chez le psy. Pour l'aider à se canaliser et pour m'aider à la contrôler et à vaincre ma peur.
Je crains pourtant qu'elle ne soit pas la seule fautive dans l'histoire. J'ai bien sûr ma part de responsabilité. Mais ... deux caractères si différents peuvent-ils cohabiter pour toujours?
Alors que je m'éloignai de plus en plus de notre petit cocon, je ne pensai qu'à une chose : revenir. Mais, mes pas ne suivaient pas ma pensée. La douleur était encore trop présente pour que je revienne. Et ... non! Je ne reviendrais pas. Il ne faut pas qu'une fois de plus je lui montre ma faiblesse.
Je continuai de marcher inlassablement, ne sachant plus où j'étai ni où j'allai.
La douleur s'était calmée mais il lui arrivait de refaire surface de temps en temps. Cette fois, la blessure était assez profonde. J'aurai certainement dû m'arrêter à l'hôpital mais ... elle aurait pu facilement me retrouver. Je n'ai d'autre choix que continuer ma route. Peut-être trouverai-je une aide quelconque...
Je fus soudain prise d'une violente douleur, je me tordais sur le bord de cette route. Je recommençai à perdre du sang et pas qu'un peu. Je souffrais le martyre, ne pouvant rien faire pour lutter contre ça.
Ce don de guérison est bien utile... Si seulement je pouvais l'utilisé sur moi, cela m'irait beaucoup mieux.
Et oui, le soi-disant plus beau cadeau que m'ait fait ma mère! Ce don de guérison qu'elle possédait. J'ai mis beaucoup de temps à savoir l'utiliser; je le maîtrise maintenant. J'ai déjà tout essayé pour qu'il me soit utile à moi mais ... rien à faire, la magie ne s'utilise pas à des fins personnelles. C'est vraiment dommage, il m'aurait épargné bien des douleurs. Tant que ma mère était encore là, tout allait pour le mieux, elle me soignait mais maintenant qu'elle était morte (dans d'atroces circonstances), je ne pouvais que me restreindre à regarder et à subir la douleur.
Il faudra dans la suite que je vous explique mon plus gros problème mais pour le moment, continuons! Alors que j'étais toujours pliée sur le bord de cette route, sentant la douleur prendre la dessus et la mort m'envahir, je vis deux tâches jaunes s'approchées. Je me redressai tant bien que mal afin de faire des signes pour être vu de cet individu qui tombait à pic. Lorsque le véhicule s'approcha un peu plus, je reconnus les phares de son pick-up. Je voulu alors disparaître mais ... il était bien trop tard. Comment avait-elle fait pour me retrouver ? Je croyais que cette connexion entre nos esprits était finie depuis longtemps. Il faut croire qu'une fois de plus, je me suis trompée!
Elle se gara sur le bas-côté et vint me voir. Ses yeux étaient comme des billes et rouges de fureur. J'étais de nouveau terrorisée. Je ne pus que me restreindre à l'écouter.
- Monte...
Je tentai un léger "non" mais, elle m'agrippa par le bras, enfonçant ses ongles dans la blessure fraîche et saignante, et me força à monter dans la voiture. Une fois à l'intérieur, elle nous enferma. Je ne pouvais fuir, une fois de plus, j'étais prisonnière de son emprise. Je me recroquevillai sur le siège, tremblante, sans dire un mot. Elle fit demi-tour et nous ramena à notre manoir.
Chapitre 2 :
Arrivées là-bas, je ne voulais bien sûr pas descendre mais une fois de plus, elle me força. Son pouvoir à elle était beaucoup plus puissant que le mien. Elle n'en possédait pas qu'un d'ailleurs. Celui qu'elle préférait était celui qu'elle utilisait sur moi en ce moment même : le pouvoir de persuasion. Personne, aussi puissant soit-il, ne pouvait y résister. Elle ordonnait et vous obéissiez. C'est une situation très déstabilisante car elle s'amuse parfois à vous faire faire des choses que vous n'auriez même pas imaginé voir.
Une fois dans le manoir, j'alla m'allonger sur mon lit. Si j'avais pu, j'aurais verrouillé ma porte mais celle-ci avait volé en éclat voilà cinq jours!
Comme à son habitude après ce genre d'évènement, elle se fit tout miel avec moi. Elle m'apporta un plateau avec un verre de jus d'orange et quelques biscuits sablés. Je ne le remarquai pas de suite mais, sur le haut du plateau était également déposé un couteau de cuisinier. Quand elle comprit que je l'avais vu, elle me dit :
- Je pourrais très bien te forcer à te tuer ici et maintenant.
Ce n'était pas la première fois qu'elle avait ce comportement, me rappelant que si j'étais encore en vie, c'est qu'elle le voulait bien et qu'à tout moment, elle pouvait me tuer.
Je savais pourtant, au fond, qu'elle avait besoin de moi pour vivre mais cela n'empêchait en rien cette crainte. Dans ses moments de folie, tout est possible.
Elle me laissa enfin tranquille. Le lampadaire de la rue éclairait ma chambre par la fenêtre celée. Je bus et mangea ce qui se trouvait sur le plateau, ces quelques kilomètres m'avaient affamés et épuisée. Mais ... je ne voulais pas dormir, j'étais trop terrorisée pour cela!... Je me leva et m'approcha de la fenêtre, à travers les barreaux, j'apercevais quelques jeunes qui jouaient en bas. Que j'aurais aimé avoir une enfance aussi normale que la leur. Mais non! Il a fallu que la mienne soit violente et ... bizarre. Je ne sais pas si je dois vous la raconter mais ... cela vous aidera peut-être à comprendre la suite de ma vie...
Chapitre 3 :
Je vivais dans une petite ville française, dans un grand manoir, entourée de mes parents et de mes deux soeurs. J'étais l'aînée des trois. Nous étions heureux, tout se passait pour le mieux. Un jour que je rentrais de l'école avec ma jeune soeur, Mynah, nous furent surprises de ne pas voir nos parents avec la plus petite dans les bras pour nous accueillir à la porte, comme à leur habitude. Je demandai à Mynah de m'attendre à l'extérieur, inquiète de ce qu'il avait pu se passer ici. La porte d'entrée était ouverte. Je pénétrai dans la maison. Une odeur de brûlé embaumait le rez-de-chaussée. J'alla dans la cuisine et éteignis le four dans lequel une fournée de cookies cramait. Je fis le tour de cet étage, personne. Je commença à monter l'escalier et là, une autre odeur vint se mélanger au brûlé. Une odeur bien plus nauséabonde, une odeur putride.
Arrivée en haut de l'escalier, je jeta un coup d'oeil par la fenêtre pour m'assurer que Mynah était toujours dehors puis, j'alla vers la chambre de mes parents. Ils n'y étaient point et Sachah (la petite dernière) n'était pas dans son berceau. J'entendis alors un bruit de gazouillis provenir de la salle de bain. Je m'y dirigeai et lorsque je poussai la porte, je ne pus empêcher un cri de m'échapper. Je tourna de l'oeil mais me remis vite. Il ne fallait surtout pas que Mynah voie ça mais c'est alors que j'entendis ses petits pieds monter l'escalier. Lorsqu'elle arriva près de moi, elle fut prise d'une colère que je n'avais jamais vue en elle. Il faut dire que le spectacle que nous offrait Sachah était vraiment horrible.
J'espère ne pas choquer les âmes sensibles avec l'évocation de ces images mais elles sont importantes pour comprendre tout ce qui a pu se passer dans mon esprit et dans celui de ma jeune soeur.
Notre salle de bain n'était pas très grande. Nous disposions d'une baignoire, d'un bidet et d'un lavabo. Un joli tapis blanc avec de beaux lys trônait au sol et au mur, se tenait un très grands miroir, entouré de marbre blanc. Voilà l'image sympathique de notre salle de bain. Ce que nous y avons vu ce soir là restera pour toujours ancrer dans ma mémoire comme mon souvenir le plus terrible.
Mon père était dans la baignoire, allongé. A première vue, il semblait paisible et heureux d'être là. Ma mère quand à elle était accoudée au lavabo. Sachah était dans le bidet, en train de barboter. Jusque là, rien de choquant me direz-vous mais vous faites erreur... Mon père était certes dans la baignoire mais seul son visage paraissait heureux. Ses tripes ressortaient de sa poitrine et ma mère, elle, devait être en train d'admirer sa beauté dans le miroir lorsqu'elle se fit fracassé le crâne avec violence contre le miroir. Ce dernier était d'ailleurs fêlé maintenant et recouvert de sang. Sachah, elle, se portait bien. Elle avait l'air paisible. Elle jouait dans le bidet avec un canard en plastique jaune. Elle ne semblait pas se rendre compte qu'elle baignait dans une marre de sang.
Elle nous regardait avec son petit sourire si mignon, nous tendant les bras pour qu'on la porte. Je ne pouvais pas entrer dans cette salle de bain. J'étais figée à la porte. Moi, la plus âgée des trois, incapable de bouger.
Le spectacle de mes parents ainsi morts et déchiquetés était réellement horrible. Mais, ce qui me fut le plus souffrir fut sûrement la suite. Mynah, qui était restée derrière moi jusque maintenant, prit les devants. Elle prit Sachah dans ses bras et l'emmena au rez-de-chaussée. Après quelques minutes seule avec les cadavres de mes parents, réfléchissant à comment gérer cela, je descendis pour rejoindre mes deux soeurs. Je les retrouvai dans la cuisine. Mynah avait débarbouillé Sachah. Elle me fit signe d'approcher. Je vins la voir et découvrit à l'intérieur de la cuisse droite de la petite un lys qui était comme marqué au fer rouge. Mynah frotta fortement avec l'éponge afin d'essayer de le faire partir mais rien; elle frotta pourtant jusqu'à en faire pleurer Sachah.
Nous nous demandions toutes les deux ce qu'était ce signe. Mais, nous ne trouvâmes aucune explication plausible. Nous sommes pourtant passées par des choses comme : "une nouvelle trouvaille des parents pour la rendre unique" ou "elle a été possédée par le diable" ou encore "c'est un des moules à gâteaux de maman qui lui a glissé dessus". Bien que complètement farfelue, l'idée du diable me parlait bien. Cela faisait plusieurs jours qu'un mal de crâne s'était emparé de moi sans que je ne sache pourquoi, peut-être que tout cela était lié...
Alors que nous nous concertions avec Mynah, nous ne faisions plus trop attention à Sachah qui s'empara d'un couteau de boucher. Bien sûr, nous essayâmes de le lui reprendre mais la petite faisait preuve d'une force presque surhumaine. Jamais un enfant de cet âge n'aurait pu résister à l'assaut de deux plus vieilles. Et pourtant, elle résistait et pire ... elle attaquait. C'est alors que tout s'emballa et que nous crurent comprendre ce que nous étions.
Chapitre 4 :
Mynah fit les gros yeux à Sachah et je vis alors cette dernière retourner le couteau vers elle et se l'enfoncer avec violence en plein coeur. Sa mort aurait pu être rapide avec un coup pareil mais, terrorisée par cet acte, je la pris dans mes bras, la berçant et cela eut pour effet de retarder l'attaque car, sans que je ne le sache, je la soignais. Ce n'est que lorsque je la reposai qu'elle mourut brusquement. Je jetai à ce moment précis un regard noir à Mynah.
- Comment as-tu fait??? Je ne sais pas ce qui s'est passé mais ... tu l'as forcée à se tuer...
Elle avait un sourire terrifiant sur le visage et elle paraissait diabolique.
- Ne raconte pas de sottises, je ne l'ai même pas touché!
- Nous règlerons ça plus tard.
Je pris alors le petit corps et l'emmena dans la salle de bain. Je la remis dans le bidet où nous l'avions trouvé.
- Maintenant, il faut régler cette histoire. Nous sommes seules mais nous nous en sortirons si nous restons unies.
Nous mîmes au point une histoire plausible qui n'était finalement pas si loin de la vérité et nous nous jurâmes de rester toujours unies et de garder ce secret à tout jamais. J'appelai les policiers, ils arrivèrent rapidement et nous posèrent des tas de questions. On nous força à aller voir un psychologue afin de "surmonter cette épreuve". Ce que nous fîmes pendant toutes ces années. Depuis, notre salle de bain a retrouvé toute sa beauté mais, le souvenir lui est toujours là et le comportement de Mynah n'a cessé de se détériorer. Je pense qu'elle a été bien plus touchée qu'elle ne le dit par cette histoire.
Nous nous sommes bien sûr renseignées sur ce que nous avons cru en ce jour. C'est à dire l'apparition en nous de pouvoirs surnaturels. C'est un jour en rangeant le manoir que nous comprîmes le fond de toute cette histoire. Nous tombâmes sur un arbre généalogique assez particulier. Des branches de notre famille que nous ne soupçonnions même pas étaient représentées et des particularités étaient inscrites sous chaque individu.
Sous le nom de ma mère, était inscrit "guérisseuse, prêtresse", sous celui de mon père : "Persuasion mentale, communication spirituelle", pour Sachah: "force surhumaine", pour moi : "guérisseuse" et là où la surprise fut la plus grande, ce fut pour Mynah. Sous son nom était inscrit : "Source". Nous ne comprîmes pas de suite de quoi il s'agissait puisque la seule chose qu'elle avait dévoilée pour le moment était la persuasion mentale. Ce n'est que bien plus tard que nous comprîmes à quoi correspondait ce don.
Je ne sais pas si l'histoire est assez avancée pour vous dévoiler ce que j'ai appris sur ce don mais ... il faudra bien que je vous le raconte un jour alors ...
En fait, Mynah est la source du pouvoir. C'est à dire qu'elle les possède tous sans pour autant savoir tous les utiliser ni même les soupçonner. A ce jour, elle n'en utilise que trois mais pas les moindres. Le plus présent en elle est donc, comme déjà annoncé, la persuasion mentale. Elle se sert également de la force surhumaine, comme avait Sachah, et le dernier pouvoir dont elle se sert est la protection astrale. Ce dernier pouvoir lui permet de se dédoubler et d'entrer en communication avec n'importe quel esprit. Je pense d'ailleurs que c'est grâce à ce pouvoir qu'elle m'a retrouvé ce soir...
Vous savez tout maintenant sur ce souvenir qui me hante et qui me hantera toujours. Je vais maintenant pouvoir vous raconter la suite de ma nuit... Toujours dans ma chambre, à observer les enfants jouer, un désir d'évasion m'envahi. Je sais bien pourtant que nous nous sommes promis de ne jamais nous séparer mais la vie avec Mynah devient impossible. Depuis qu'elle sait qu'elle est la source, elle m'en fait voir de toutes les couleurs. Et si ce n'était qu'à moi!...
La promesse que nous nous sommes faîte vous paraît peut-être dérisoire mais, nous ne le savions pas à l'époque. Tout est magique ici, y compris la maison et tout ce qui s'y passe et s'y dit est répertorié. Ainsi donc, cette promesse est celée par la magie. Nous ne pouvons nous en défaire à moins que l'une de nous ne meure. Mais ... comme cette promesse est ambiguë, il se peut que si l'une de nous meurt, l'autre suive puisque "nous devons rester unies à jamais". C'est pourquoi Mynah me menace souvent mais ne me tue jamais. Bien que malheureuse, elle tient à la vie et ne souhaite pas mourir aussi jeune sans avoir découvert la totale étendue de ses pouvoirs…
J'y pense, je vous parle depuis tout à l'heure, vous connaissez toute ma famille mais, je ne me suis même pas présentée!... Je me nomme Akayah et j'ai aujourd'hui 26 ans. Ce meurtre s'est produit il y a exactement 10 ans et c'est bien pour cela que cette nuit est importante pour moi. Cet anniversaire réveille tous ces souvenirs douloureux...
Chapitre 5 :
Alors que je retournai m’allonger un peu dans mon lit, pour calmer la douleur qui m’accablait toujours, j’entendis de drôles de bruits provenir de la cuisine. Je voulus descendre mais je craignais pour ce que j’aillai y trouver. Je bus mon verre d’une traite et me dirigea tout de même vers l’escalier. Ce n’est qu’une fois au milieu de ce dernier que je me rendis compte que tout le rez-de-chaussée était envahit par une épaisse fumée noire. Je crus d’abord que Mynah avait malencontreusement louper la préparation d’un plat mais, lorsque j’entra dans la cuisine, je fus surprise de voir qu’elle se tenait au centre, droite et avec un sourire des plus machiavélique. Je ne compris vraiment pas ce qui lui arrivait. Elle paraissait à la fois terrifiée et extrêmement satisfaite. Ces yeux étaient noirs et ses poings serrés, elle avait l’air totalement insensible à tout ce qui l’entourait, y compris à ma présence. Lorsque je m’aventurai à lui demander ce qu’elle avait, je crus d’abord voir le diable s’emparer d’elle puis, la seule chose qui me préoccupa fut la fuite.
En effet, ma jeune sœur venait visiblement de découvrir un nouveau pouvoir. Je ne sais comment elle est entrée en possession de celui-ci et comment elle s’est rendue compte de son existence mais, elle paraissait vraiment prête à le tester à n’importe quel prix. Avec ce pouvoir, elle pourrait faire des carnages. Cela n’envisageait rien de bon. Je sortis dans le jardin, me disant qu’à la vue de tous les passants, elle n’oserait rien. Elle me suivit et une fois sur le porche de la maison, elle ne se contrôla pas et envoya une énorme gerbe de feu sur moi. Les enfants qui jouaient dans la rue prirent peur, ils partirent en criant et en courant. J’avais évité les flammes de justesse, laissant brûler un pommier très ancien à ma place.
-Qu’est ce qui te prend !?? Ressaisit toi. Tu m’inquiètes, on dirait que tu es possédée !
- Mais … c’est le cas. Ou plutôt non ! Je te possède toi ! Je peux faire ce que je veux de toi ! Tu es trop faible. Tu ne mérites pas de vivre. Tu fais honte à notre famille avec ton pouvoir ridicule. Je ne sais même pas pourquoi tu es encore en vie. J’ai fait preuve de faiblesse jusqu’à maintenant mais, ce temps est bel et bien révolu.
Elle s’avança dans le jardin, vers moi, la tête toujours haute et droite. Je craignais pour ma vie. Je ne savais où aller ni que faire. J’étais effrayée par ma propre sœur et les propos qu’elle tenait me blessaient profondément. Elle n’était pas elle-même, ce n’était pas possible !...
Je courus en direction de la cave, espérant pouvoir m’y réfugier un instant. Une fois à l’intérieur, je réfléchissais à une solution pour me sortir de là mais… rien ne me vint à l’esprit. Si seulement notre mère avait été là, elle aurait pu la raisonner mais là ...
Chapitre 6 :
J’entendis alors des pas au dessus de moi. Mynah se rapprochait. Bientôt elle sera face à moi et là, je ne pourrai plus fuir. La cave n’avait qu’une issue et c’est celle que j’ai emprunté pour y entrer. Je me faufilai dans un coin où le plafond était beaucoup plus bas, je dû presque ramper pour arriver là. Une fois réfugiée là, la porte s’ouvrit et la lumière envahit la cave.
- Je sais que tu es là ma belle !!! Allez …. Montre-toi…
Je tremblai dans mon coin. C’est alors que j’heurtai un objet, le faisant tomber. Mynah sut immédiatement où je me trouvai et elle s’approcha de moi avec ce sourire terrifiant.
- Te voilà !! Si on sortait un peu !??
- Je t’en prie Mynah, ressaisit-toi…
Je profitai du moment où elle m’écoutait pour attraper l’objet que j’avais fait tomber. Il s’agissait d’une serpe mais, j’eus du mal à l’attraper. Elle semblait enfoncer dans un autre objet qui se trouvait là. Terrorisée, je brandis le tout et envoya un grand coup dans la tête de ma jeune sœur. Elle ne tomba point mais fut sonnée. Je courus vers la sortie de la cave. Elle me rattrapa avant que je n’atteigne la porte. J’avais gardé la serpe et l’objet auquel elle était accrochée mais cela n’allait probablement pas beaucoup m’aider. Je me débattais pour échapper à Mynah. Son étreinte était forte sur ma cheville et elle me tirait vers elle. Ma résistance s’affaiblissait à chaque seconde.
- Lâche-moi ! Tu me fais mal …
- Mais c’est le but !! Tu n’es rien ! Je n’ai pas besoin de toi… Toutes ces promesses ne sont rien ! Si je te tue, je suis sure que je ne mourrais pas !.... Je suis bien trop puissante pour ça !!
Ses yeux étaient devenus rouges, elle me regardait comme on regarde un étranger. Une chose est sure, ma sœur avait quitté ce corps pour laisser place à un être abominable que je ne reconnaissais pas. De plus en plus effrayée, je jetai un coup d’œil à la sortie, c’est alors que je vis à quoi était accrochée la serpe. Il s’agissait d’un gros livre dont les pages étaient visiblement très humides. Les coins supérieurs étaient brûlés. Il devait être extrêmement vieux. A force de l’observer, j’en oubliai presque l’étreinte de Mynah sur ma cheville, j’étais comme absorbée par le livre. Sur la couverture, je reconnus un symbole qui ne me plu guère : le même lys que celui tatoué sur la cuisse de Sachah le jour de sa mort… J’eus alors la prétention de croire que ce livre pourrait m’aider à échapper à Mynah mais, comment ?? Il fallait que je tente le tout pour le tout. Je décrochai tant bien que mal la serpe du livre alors que Mynah enfonçait ses ongles dans mon mollet et je lui en donnai un grand coup dans la tête, ce qui lui fit lâché prise. Elle avait le visage en sang. Je couru vers la maison. Où me cacher ??? Je ne le savais pas. Une seule pièce se verrouillait de l’intérieur : la salle de bain. Je monta donc et m’enferma dans celle-ci. La jeune Mynah sera bientôt là, je n’avais pas beaucoup de temps pour trouver une solution…
Chapitre 7 :
J’entrai dans la douche et fermai le rideau, comme pour me protéger bien que cela était réellement éphémère. Je pris le livre et l’ouvrit avec délicatesse. J’avais peur qu’il tombe en miettes au moindre mouvement brusque. Sur la première page, deux peintures, presque des photos, représentaient mes grands-parents maternels. Sur la page suivante, mes grands-parents paternels puis à la suite, mes parents, le jour de leur mariage et enfin, regroupées sur deux pages, mes sœurs et moi. Nous avions l’air si heureuses ; nous étions dans les bras les unes des autres et nous avions toutes un grand sourire aux lèvres. Une larme perla au coin de mes yeux. Ce temps est bien loin et tout cela me manquait.
J’entendis des petits pas pressés dans l’escalier. Il fallait que je fasse vite…. Mynah approchait, visiblement énervée.
Je tournai alors les pages un peu plus rapidement. Un message écrit de la main de ma mère suivait. Mais … il n’était pas écrit en français, c’était une langue que je ne comprenais pas. Les lettres étaient plus des symboles, un mélange entre des kanji, des hiéroglyphes et des écritures hébraïques. Je fus prise de panique ; j’espérais que le reste des textes n’étaient pas inscrits dans cette langue sinon, ce livre ne me servirait à rien.
Dans le couloir, les pas se rapprochaient et un bruit de frottement lourd l’accompagnait. Mynah avait dû se procurer une arme quelconque. Je tournai une nouvelle page. Là, je fus rassurée de lire du français. Dans une écriture magnifiquement calligraphiée, était inscrit :
"L'Histoire de Notre Famille"
Cette partie s’étendait sur plusieurs pages ; cela m’aurait intéressé de la lire mais le moment n’était pas vraiment propice à cela… Au fur et à mesure que je tournai les pages, je découvrais des sorts et des potions. Tout était écrit de la main de ma mère. Cela me fit prendre conscience qu’elle essayait de tout faire pour se rendre plus puissante qu’elle ne l’était. Peut-être pour se protéger de quelque chose. J’espérai simplement qu’elle ait pensé à moi et qu’il y ait quelque chose pour me protéger en cet instant…
Mynah passa devant la porte de la salle de bain sans s’arrêter, ce qui me laissait un peu de répit.
Je tournai et tournai les pages. C’est alors que je crus tomber sur ce qui pourrait me sauver la vie… Du moins pour aujourd’hui…
Une formule : « Maîtriser la source » était inscrite. Sous le titre, on pouvait lire :
Si la source est connue… Ne pas en abuser. Formule dangereuse. Débutants, s’abstenir. Dégâts non négligeables… »
Un profond sentiment de peur s’installa en moi. Bien sûr, je connaissais la source, elle me poursuivait depuis tout à l’heure mais …. Que puis-je faire ? Appliquer cette formule malgré les recommandations ? Laisser ma sœur me tuer ? Ou chercher une autre formule qui soit un peu moins … risquée ?
Tout s’embrouillait dans ma tête. Ce livre devait m’aider, c’était certain mais la présence de ma mère m’aurait bien plus aidé. Je sentais cependant que toute l’essence de ma mère émanait de ce livre ; c’était bien elle qui l’avait créé et elle y avait mit toute son âme. Elle devait pouvoir m’aider, il fallait que je trouve très rapidement comment.
Cette fois-ci, j’entendais les pas de Mynah revenir vers la salle de bain et d’une voix faible et fourbe, elle lança un petit :
- Je t’ai trouvé une fois de plus !!!...
Je me concentrai sur le livre et sur le souvenir de ma mère. Je ne voyais que cette solution pour qu’elle m’aide. Mon esprit était désormais fixé sur ma mère et uniquement sur elle, tout autour de moi s’estompa pour laisser ce souvenir m’envahir. C’est alors que je sentis comme un fluide passer en moi. Je rouvris les yeux. Rien ne semblait avoir changé si ce n’est que le livre s’était refermé et semblait avoir changé. Il ne n’était plus si vieux et abîmé. Je le rouvrit et retomba sur les mêmes photos mais, avant la page sur l’histoire de notre famille, de nouvelles photos avaient fait leur apparition. Sur la première on pouvait me voir, habillée tout en blanc, entourée de lumière et, sur la page d’à côté, une photo de Mynah, très sombre avec ses yeux rouges et derrière elle, un cimetière des plus angoissant. Elle tenait à la main une hache. C’est au moment même où je remarquai cette arme que la porte de la salle de bain commença à voler en éclats. Mynah s’acharnait dessus avec une force impressionnante. Je regardai par un petit coin du rideau et vit qu’elle s’y attaquait avec la même hache que celle de la photo. Je compris alors que le livre pouvait me montrer des choses qui allaient arriver. C’est du moins ce que je semblai comprendre.
Mynah s’acharnait encore sur la porte, il fallait que je fasse au plus vite. Ce livre devait bien avoir d’autres capacités. Je regardai alors plus attentivement la photo de Mynah et dans le noir derrière elle, assise sur une tombe, j’aperçus la petite Sachah que je n’avais pas vu depuis si longtemps, même en photo. Elle se tenait là, regardant vers l’extérieur de la photo, calme et paisible. Mais … cette photo était vraiment improbable. Vu l’âge de Mynah, la plus petite était déjà morte depuis longtemps. Soudain, alors que j’étais concentrée sur la photo, je me rendis compte que plus aucun bruit ne m’entourait. Je poussai doucement le rideau de la douche, Mynah était là, comme figée. Elle semblait calmée. Ses yeux avaient repris la bonne couleur mais elle n’était toujours pas redevenue « normale » et elle fixait le bidet que je ne voyais pas de là où je me trouvai. Je ne savais trop comment réagir. Etait-ce une ruse de sa part pour mieux m’atteindre ??
Je me risquai à lui poser une simple question :
- Qu’y a-t-il ? Dis-je tout en me relevant doucement.
La seule réponse que j’eus fut un doigt pointé en direction du bidet.
Chapitre 8 :
J’ouvris alors totalement le rideau et regardai dans la direction indiquée par ma sœur. Je fus à la limite du malaise lorsque mes yeux se posèrent sur le bidet.
Sachah se tenait là. Exactement dans la position où nous l’avions trouvé le jour du meurtre de nos parents. Je sortis de la baignoire et me mis debout aux côtés de Mynah.
Sachah semblait vivante mais en même temps, son teint prouvait le contraire. Je croyais rêver. La marque du lys ressortait plus que jamais à l’intérieur de sa cuisse, elle était presque phosphorescente. Je n’osai lui parler. Que lui dire ? Elle est morte depuis tant d’années… Notre réaction à Mynah et à moi peut vous paraître étrange mais après ce que nous venons de vivre, tout cela est normal. Nous devions comprendre ensemble ce qu’il se passait.
Je regardais Mynah dans les yeux puis mon regard passa à Sachah. Elle nous regardait maintenant avec un grand sourire. Que dire, mais que dire ?
Rien ! Sachah s’en chargea pour nous.
- Et bien ! Vous en faites une tête !...
Je crus m’évanouir mais tenu bon. Sa voix n’avait rien à voir avec celle que je lui avais connu. Elle paraissait mature et avait un timbre ressemblant à celui de notre mère. C’était comme si cette dernière s’était incarnée dans le corps de notre sœur. Mais, cela était impossible, c’était bien Sachah qui se tenait là, devant nous…
L’ambiance était plus que macabre mais pour mon plus grand soulagement, cela fit oublier à Mynah qu’elle me poursuivait. J’avais enfin un peu de répit. Je posai le livre sur le rebord de la baignoire. Il me resservira probablement plus tard…
La situation portait à la plus grande des réflexions. Mais comment cela était-il possible ? Mon regard, emplit d’incompréhension, allait de Mynah à Sachah. Cette dernière se remit à parler.
- Vous savez, maman n’est vraiment pas contente de vous ! Elle dit que vous devez vous serrez les coudes au lieu d’essayer de vous entre-tuer...
Mynah et moi nous nous regardions. Le regard de ma sœur semblait vide mais le mien se remplissait de larmes. Le souvenir de ma mère était si présent en moi ces derniers temps que le fait de savoir que je la décevais me faisait vraiment mal.
- Et maman t’a-t-elle dit autre chose pour nous ?
- Elle n’est pas contente. Elle dit que Mynah devrait faire une bonne source mais qu’elle n’en est pas encore consciente !
Mynah, une bonne source !? Source du mal, oui sûrement, mais je ne pense pas que ce soit ce que maman souhaite !
- Il faut juste qu’elle apprenne à développer ses pouvoirs en contrôlant ses émotions.
Mynah se manifesta pour la première fois depuis le retour de notre sœur :
- Et bien, tu diras à notre chère mère que mes émotions vont très bien ! Je me contrôle parfaitement.
Je voulus rire mais la situation ne s’y prêtait guère. Puis, je voulus lui répondre mais, je n’avais pas envie qu’elle se souvienne qu’elle avait une hache à la main… Je ne dis donc rien et la regarda avec des yeux emplis de haine. Sachah semblait elle aussi dubitative face aux propos de Mynah. Elle ajouta alors :
- Je ne lui dirais rien du tout ! Elle s’en rend très bien compte toute seule ! Elle vous surveille vous savez ! Et elle trouve que les pouvoirs que tu choisis d’exploiter ne sont pas les bons, Mynah ! Elle posa alors son regard d’enfant sur moi.Quant à toi, Akayah, elle trouve vraiment dommage que tu t’occupes plus de Mynah que de toi ! Elle répète souvent « 26 ans et toujours pas mariée ! »
Je fus surprise de cette dernière phrase. Mais, comment pourrais-je penser aux hommes et au mariage avec une sœur pareille ? Personne ne peut entrer ici, Mynah fait fuir tout le monde. Je n’ai plus aucun ami à cause d’elle… Que puis-je répondre à ça ?
Sachah ajouta alors :
- Et puis, je me verrai bien tata moi !...
Mon regard se posa sur elle sans que je ne puisse l’en détacher. Mes paroles allaient être crues mais je ne pouvais en supporter d’avantage ; sur un ton des plus grave, je lui répondis :
- Mais Sachah ! Tu es morte ! Si j’ai un enfant, tu ne le connaîtras jamais alors ne raconte pas de sottises…
Les yeux de la petite s’emplirent de larmes mais aucune ne coula. Elle paraissait triste et désemparée. Je ne comprenais pas pourquoi. Peut-être n’était-elle pas vraiment consciente d’être morte. En tous cas, une chose est sûre, ce que je lui avais dit ne lui avait pas plu.
- Très bien ! Je crois qu’il est temps que je vous laisse ! Vous vous débrouillerez maintenant, j’en suis sûre… et maman aussi.
Sa voix était tremblante. Je ne voulais pas qu’elle parte. Cela m’avait fait du bien de la revoir et surtout, cela avait calmé Mynah…
- Déjà ! Mais pourquoi ne pas rester encore un peu ?
- Je suis morte comme tu l’as dit et les morts ne sont pas faits pour rester sur Terre trop longtemps. A plus !
Et dans un dernier sourire quelque peu sadique (il m’a semblé), elle disparu sous nos yeux, s’effaçant comme on efface un tableau noir.
- Et bien ! Quelle surprise ! Dit Mynah sur un ton des plus enjoués.
Puis après quelques secondes, elle ajouta :
- Et si on en reprenait là où on en était toutes les deux !...
Mon regard se fit plus noir que jamais. Cette fois, elle dépassait vraiment les bornes et je ne pouvais le tolérer. Je n’allais pas me laisser faire une fois de plus.
Je m’approchai d’elle fièrement, je la dominai par ma taille et je lui répondis :
- Non mais tu le fais exprès ! Tu ne comprends pas ce qu’il se passe là ! A ton avis, Sachah est juste venue pour nous faire un petit « coucou » !? Tu es sotte ou bien !? Il faut que tout cela cesse maintenant ! Ca ne peut plus durer ! Je ne me laisserais plus faire (même si je n’ai pas vraiment les moyens de lutter !)
- Mais tu n’es pas assez forte pour me résister ! L’aurais-tu oublié !?
- Là n’est pas la question ! Tu es la source d’accord ! La façon dont tu le deviens m’importe peu. J’ai perdu une bonne partie de ma vie à essayer de te remettre dans le droit chemin. C’est fini maintenant ! Je prends MA vie en main. Débrouille-toi. Et si tu dois me tuer, très bien, fais-le mais … fais-le vite !
A ces mots, je me recula un peu d’elle et écarta les bras en croix. Ainsi, si elle souhaitait vraiment me tuer, elle n’avait qu’à me planter sa hache en plein cœur. Au lieu de ça, elle s’effondra au sol, en larmes.
Chapitre 9 :
Etait-ce ma réaction qui l’avait ainsi touchée ? Pourquoi se mettre à pleurer alors que l’occasion qu’elle attendait depuis tant de temps se présentait enfin ?
J’hésitai à m’approcher pour la consoler. Peut-être ne faisait-elle que jouer la comédie pour m’amadouer !? Tout cela était bien étrange. Elle me paraissait soudain si faible. J’aurais pu me venger de tout ce qu’elle m’avait fait subir mais … je ne suis pas comme ça ! Après quelques minutes où j’écoutai ses sanglots sans bouger, je me décidai enfin à m’approcher d’elle. Sa détresse semblait finalement bien réelle. Je m’accroupis à ses côtés et passai mes bras autour de ses épaules.
- Qu’y a-t-il Mynah ?
Elle releva la tête et me regarda dans les yeux.
- Suis-je si mauvaise ? D’où cette envie insatiable de tuer me vient-elle ?
Elle semblait perdue. Je ne l’avais jamais vu ainsi.
- Je ne sais pas mais je suis convaincue que tu peux surmonter tout ça.
- Comment !?
- Aucune idée mais si j’ai pu me mettre face à toi comme je viens de le faire et t’affronter ; toi, tu dois pouvoir lutter contre cette envie de tuer et de faire du mal autour de toi. J’en suis persuadée.
Cela m’était très étrange de donner ce genre de conseil à Mynah mais c’était plutôt agréable. Je me sentais enfin à ma place de grande sœur. J’avais pourtant l’impression que cela n’allait être que de courte durée.
- Et si on sortait de cette fichue salle de bain !?
Elle hocha la tête en signe d’approbation. Nous allâmes donc au salon où elle se recroquevilla dans un fauteuil sans dire un mot. Je ne me souviens pas l’avoir déjà vu ainsi. Elle resta là durant plusieurs minutes puis, elle se décida à dire quelque chose.
- Je ne serais jamais une bonne source !...
Elle se leva et partit en direction de la cuisine. Etant plutôt d’accord avec ce qu’elle venait de dire, je ne relevai pas et restai assise sur le canapé à observer le pommier brûlé.
Après environ une demi-heure sans voir Mynah, je décidai d’aller la rejoindre à la cuisine. A peine la porte franchie, je fus terrifiée de ce que je trouvai là.
Je tombai à genoux dans l’embrasure de la porte, en larmes.
- Me voilà seule.Dis-je dans un murmure.
Chapitre 10 :
Tout recommençait. Je revivais ce cauchemar d’il y a dix ans. Mais cette fois, j’étais seule pour l’affronter. Que faire ? Dans un dernier espoir, je m’approchai du corps inerte de ma jeune sœur et plaçai mes doigts sur sa poitrine. Rien ne se produisit. Il était déjà trop tard. Je n’y pouvais plus rien.
Et maintenant ? Prévenir les secours ne sert à rien, ils ne seront pas plus efficaces que moi ! Il ne me reste plus qu’à avertir la police. Mais, comment leur expliquer la situation ?
Vu l’état du jardin et de la cuisine, ils ne croiront jamais à un simple … suicide. Il faut d’abord que j’arrange tout ça.
Je m’attelai donc à la tache, évitant tout contact avec le corps de Mynah.
Une fois la maison dans un état « raisonnable », je me décidai enfin à prendre le téléphone afin d’appeler la police. Je leur expliquai la situation et quelques minutes plus tard, les sirènes retentissaient.
Comme la première fois, ils me posèrent un tas de question et comme la première fois, ils me conseillèrent de consulter un psy. Vu comment il nous avait aidé Mynah et moi, cette idée ne m’enchantait guère ! Pourtant l’image de Mynah, allongée au milieu de la cuisine, avec un couteau de boucher en plein cœur commençait déjà à me hanter. Il fallait que tout cela quitte mon esprit. J’en avais déjà trop subit…
Les policiers m’empêchèrent d’entrer dans la cuisine. J’étais cloîtrée dans le salon. Je m’étais installée sur le fauteuil dans lequel Mynah s’était recroquevillée quelques heures auparavant. Je repensai à tout ce que nous avions vécu, les bons moments (il y en a eu, oui !) comme les mauvais. Puis, je me rappelai notre promesse : « nous devons rester unies à jamais ». Que va-t-il donc m’arriver maintenant ? La magie va-t-elle tout faire pour que je reste liée à Mynah, dans la vie comme dans la mort ?
Chapitre 11 :
Cette idée remplaça l’image du corps de Mynah dans mon esprit et une seule chose m’obsédait maintenant : je risque de mourir à n’importe quel moment !... Je ne sais de quelle façon mais pour que nous restions unies, c’est bien cela qui doit arriver... C’est du moins ce que je pense...
La suite de la journée s’annonçait difficile. Les policiers avaient bien conclu à un suicide, le corps avait été retiré et tout ce petit monde commençait à déserter la maison. Quelques uns s’inquiétaient de me savoir seule pour la soirée. Combien de fois ai-je dû dire « ça ira, merci ! » !? Je n’avais qu’une envie : être seule pour pouvoir réfléchir à tout cela.
Lorsque le dernier policier quitta la maison, je m’enfermai et évitai d’aller dans la cuisine. Le plus dur était à venir… Ma première soirée complètement seule. Que la maison me paraît grande et vide ; et comme je me sens inutile… Je ne peux appeler personne. Je ne suis plus rien…
« De quoi se plaint-elle ? » allez-vous dire ! « Elle n’est plus torturée maintenant !... » Mais … c’est bien pire. Ma torture est désormais intérieure et des montagnes de questions m’accablent. Dois-je vivre comme une personne normale et attendre une mort certaine et imminente ? Dois-je essayer de développer mes pouvoirs pour lutter contre cette mort qui m’attend ou bien … Dois-je me tuer pour retrouver les miens au plus vite ?
J’avoue que cette dernière idée n’est pas la plus réjouissante mais c’est pourtant celle qui me revient le plus en tête ce soir. Je me vois mal assumer cette maison, ces pouvoirs et cette vie seule, sans PERSONNE pour m’épauler.
Oh ! Bien sûr, je pourrais enfin me mêler à la civilisation, faire des rencontres… mais je n’ai jamais été habitué à cela, je n’y arriverai pas.
Voyez comme le début de la fin me va bien ! La moindre idée positive qui jaillit en moi s’évanouit en un instant ! Je ne peux vivre ainsi… Je dois donc mourir !
Et oui, c’est ce qu’il me restera de cette soirée : JE DOIS MOURIR. Maintenant, le tout est de savoir comment ?
Je ne ferais pas comme mes sœurs ! Le couteau n’est pas pour moi ! Trop brutal et trop violent. Je cherchai une idée pour mourir à la fois vite et sans trop de souffrances. J’ai bien assez souffert dans la vie pour devoir souffrir dans la mort…
Je me lève alors de mon fauteuil pour la première fois depuis que je suis seule. Je suis comme dans un état second, mon regard est vide, mes mains sont moites et mon teint est livide. Je me rend à la salle de bain, ouvre l’armoire à pharmacie et cherche quelque chose de fort pouvant me tuer presque immédiatement. Il n’y a pas grand chose dans cette pharmacie… Des pommades contre les bleus, d’autres contre le mal de dos, des lotions désinfectantes, quelques cachets en vrac. Voyons … de l’aspirine, même en grande quantité, cela ne doit pas faire grand mal… les cachets contre le mal de ventre encore moins… Ah ! Voilà que je tombe sur quelque chose d’intéressant : des cachets contenant de grandes quantités de morphine !... Je ne sais pas d’où ils proviennent mais qu’importe… Ils sont là ! Et … oh ! La date de péremption est dépassée de deux ans ! C’est parfait ! Je prends alors un grand verre d’eau et avale tous les cachets restants dans la boîte soit une quinzaine…
Je retourne au salon. La descente de l’escalier me paraît bien difficile !... A chaque marche, ma vue se trouble un peu plus… Je me demande si j’arriverai jusqu’au fauteuil !... Une marche de plus, puis deux, puis trois… Et bien non, je n’y arriverai pas ! Je chancelle, tente de me rattraper à la rambarde mais la loupe. Et me voilà dévalant les dernières marches de l’escalier en roulé-boulé. Ma tête heurte violemment les marches mais je ne sens rien. Sûrement des effets de la morphine.
Voilà, je suis en bas. Tout est flou puis soudain, un voile noir. Je pense que c’est la fin…Je me laisse aller, voulant partir afin de rejoindre les miens… L’instant où la vie vous quitte dure une éternité mais il est là, je le sens qui arrive… Adieu !
FIN
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